I. La Préhistoire
1. Le cadre naturel et les premières occupations humaines
Durant la Préhistoire, le territoire de l’actuelle commune de Venerque présentait un environnement sensiblement différent de celui d’aujourd’hui. Le site devait être enserré entre une vaste zone humide ou étendue d’eau, au pied du Pech-David et d’Espeyrouzès, et une forêt dense occupant le coteau, rendant les déplacements difficiles.
Les premières traces d’occupation humaine remontent au Paléolithique inférieur, attestant d’une présence très ancienne sur ce territoire. Cette implantation précoce s’explique par la combinaison favorable des ressources naturelles, de points hauts stratégiques et de voies de circulation naturelles.
2. Les découvertes archéologiques et les travaux de Jean-Baptiste Noulet
La connaissance de cette occupation préhistorique repose en grande partie sur les recherches menées au XIXᵉ siècle par le professeur Jean-Baptiste Noulet. Celui-ci mit au jour un important mobilier préhistorique, notamment dans le ravin de l’Houmenet. Ce gisement constitue l’un des sites archéologiques majeurs de Venerque et demeure le seul situé dans le vieux bourg où furent découverts des outils indéniablement façonnés par la main de l’homme.
D’autres sites furent identifiés dans les quartiers périphériques de la commune, notamment à La Trinité, Julia, Mont-Saint-Charles, au Pujal et à Bézégnagues. Les outils retrouvés sur ces différents sites proviendraient d’un atelier de taille localisé au lieu-dit Roqueville, aujourd’hui sur la commune d’Issus. Ces découvertes contribuèrent de manière significative aux recherches de Noulet sur l’homme préhistorique.
Les secteurs correspondant à l’actuelle rue Guillaume-de-Falgar, ainsi qu’aux ravins du Pujal et du Pas-Cahus, ont également livré des vestiges notables, parmi lesquels figure une molaire de mammouth. L’ensemble de ces pièces est aujourd’hui conservé au Muséum de Toulouse, institution que Jean-Baptiste Noulet dirigea.
3. Organisation de l’habitat et voies de circulation
Le quartier actuel de Rive-d’Eau est considéré comme correspondant à la zone d’habitat la plus ancienne connue sur le territoire communal. Il aurait été traversé par une voie de circulation préhistorique reliant les falaises de Loupsaut, via Espeyrouzès, puis empruntant la ligne de crête du Pech-David avant de devenir le chemin de la Roche.
Cette ancienne piste se situerait vraisemblablement à l’emplacement de l’actuel sentier de l’Europe, soulignant la permanence des axes de circulation à travers les siècles.
4. L’âge du Fer : occupations, communications et pratiques funéraires
Au sommet du Pech-David, point culminant de la commune, à l’intersection du chemin de Crouzille et de la Cambo de l’Homme, des vestiges de foyers ont été mis au jour. Ces traces sont interprétées comme des feux de communication datant de l’âge du Fer. Une datation antérieure paraît peu probable, le feu constituant à cette époque une ressource rare et précieuse, dont l’usage visible aurait attiré l’attention de groupes humains concurrents.
Ces vestiges sont plus vraisemblablement attribués à la période gauloise, au cours de laquelle l’utilisation de la fumée comme moyen de transmission de l’information était courante.
Enfin, des vestiges attribués à l’âge du Fer ont été découverts en 1965 sur le plateau de La Trinité. Il s’agirait d’urnes funéraires, l’une contenant des ossements humains, l’autre des bijoux, attestant de pratiques funéraires structurées et d’une occupation durable du territoire à cette époque.
De la Préhistoire à l’Antiquité
Lorsque la Préhistoire s’efface peu à peu, Venerque ne disparaît pas du paysage humain. Le site, déjà fréquenté depuis des millénaires, continue d’attirer les hommes. Le relief, la proximité de l’eau, les ressources naturelles et la protection offerte par la forêt en font un lieu propice à une occupation durable. Sans rupture brutale, le monde ancien glisse progressivement vers l’Antiquité.
L’Antiquité
À partir d’un noyau primitif d’habitations, probablement situé aux abords de l’actuel quai Rive-d’Eau, le bourg commence lentement à se structurer. Il s’étend vers l’Houm, toujours contenu entre l’Ariège et le coteau boisé. Venerque demeure alors un territoire discret, presque à l’écart du monde, coincé entre l’onde et la forêt.
Le village n’est pas situé sur les grands axes de circulation. À l’est, le massif forestier du Lauragais constitue une barrière naturelle ; à l’ouest, les marais et le cours de l’Ariège compliquent les déplacements. Il n’existe encore ni port ni véritable voie d’accès directe. Depuis Toulouse, on rejoint péniblement le site par l’ancien chemin de la Roche, qui longe la rivière.
La vie quotidienne repose sans doute sur une agriculture de subsistance. On cultive l’orge, le seigle et probablement la vigne, déjà bien implantée dans le Midi gaulois. L’artisanat est présent, comme en témoigne la maîtrise du travail du fer ; le bronze est peut-être également connu, comme ailleurs en Gaule. D’autres métaux sont sans doute exploités, notamment l’or, extrait de l’Ariège, rivière réputée aurifère. Des orpailleurs vivent de cette activité, mais nul ne sait à quelle époque elle débuta réellement.
La région est alors occupée par une peuplade gauloise, les Volques Tectosages. D’abord alliés des Romains, ils finissent par se retourner contre eux. Cette trahison provoque une riposte militaire sévère. En 106 av. J.-C., Tolosa, leur capitale, tombe aux mains de Rome. Commence alors une longue période d’occupation romaine qui concerne naturellement aussi le territoire de Venerque.
Cette présence est attestée par la découverte de vestiges de constructions et de poteries sur le Pech-David, dans un champ voisin du chemin de Crouzille. Il s’agissait sans doute d’une habitation gallo-romaine dominant le village primitif. À proximité, en novembre 1975, la mise au jour d’un très ancien squelette est venue rappeler l’ancienneté et le mystère de ce lieu. Le chemin porte depuis des temps immémoriaux le nom évocateur de Cambo del Homé, peut-être en souvenir d’une découverte macabre plus ancienne encore. L’époque de ces décès demeure inconnue. La tradition locale évoque cependant un lieu anciennement associé à des pratiques rituelles, sans que l’on puisse aujourd’hui les dater ou les caractériser avec certitude.
D’autres vestiges demeurent tout aussi énigmatiques. Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, Maurice Tufféry met au jour, au cœur du village, plusieurs silos en forme de jarre. Des structures similaires sont découvertes successivement sous l’ancien magasin du charcutier Fourio, rue Rémusat dans la cave d’une maison, devant l’ancien magasin de meubles Coustouzy, mais aussi sous une maison à Rive-d’Eau et à l’extérieur du village, à la ferme de la Charlette. Leur fonction reste inconnue. Il ne s’agit ni de silos à grains romains ni de tombes. Peut-être étaient-ils liés à des pratiques cultuelles, destinées aux morts, où l’on déposait des offrandes. Faute d’études scientifiques approfondies, ces structures n’ont pu être datées avec précision.
À partir du milieu du IIIᵉ siècle, le christianisme commence à se diffuser dans la région. Ses adeptes sont d’abord persécutés, avant que l’édit de Milan, promulgué en 313 par l’empereur Constantin Ier, ne permette enfin sa pratique libre. Toulouse devient alors le siège d’un évêché, auquel Venerque est rattaché. Ce lien religieux s’accompagne d’un lien politique durable, inscrivant définitivement le village dans l’orbite de la grande cité méridionale.
De cette Antiquité, Venerque hérite l’essentiel de ce qui va rythmer sa vie pour les siècles à venir : un territoire habité sans discontinuité, des pratiques agricoles et artisanales anciennes, et une organisation religieuse et politique qui prépare l’entrée progressive dans le Moyen Âge.
Le Moyen Âge
Après des siècles sous l’autorité romaine, la région de Venerque ne put échapper au déclin de l’Empire. Les invasions barbares bouleversèrent l’ordre ancien, entraînant pillages et destructions, mais la vie finit par se stabiliser. Ainsi, de 418 à 507, Venerque fit partie du royaume des Wisigoths, avant que les Francs ne viennent s’imposer dans la région.
C’est sur ce territoire que se déroulera un épisode décisif du haut Moyen Âge : la bataille de Mont-Frouzi. La découverte d’un cimetière mérovingien, sur le coteau du même nom, a permis de reconstituer cette page d’histoire. Sous une couche de 30 centimètres de terre, une quarantaine de squelettes ont été mis au jour, tous orientés vers l’Est avec la tête tournée à l’Ouest. Les tombes contenaient également des armes, des boucles en bronze et en fer, ainsi que divers objets et bijoux, témoins des combats et des hommes qui y ont péri.
La bataille de 507 opposa les Wisigoths, retranchés à Venerque après leur recul de Toulouse, aux troupes de Thierry, fils de Clovis et futur roi de Reims sous le nom de Thierry Ier. Les corps des deux camps furent enterrés ensemble, marquant la fin provisoire de l’occupation wisigothique et l’intégration de Venerque dans le royaume des Francs. Ce lieu de combat prit alors le nom de « mont des Froustits » – « écrasés » en occitan.
Située à proximité d’une frontière mal définie entre le royaume des Francs et la Septimanie, Venerque resta un territoire stratégique et disputé. Cette instabilité explique probablement l’existence d’une seconde bataille, plus tardive, dont témoignent les fouilles d’une nouvelle nécropole mérovingienne près du domaine de Rivel, datant des VIe-VIIe siècles. Là encore, les sépultures révèlent des combattants, soulignant que la région demeurait un lieu de tension et de conflit au début du Moyen Âge.